J’écris cet article le lendemain de la manifestation, à froid. Ce n’est que mon témoignage, mon souvenir. Ce n'est que ma vision. Vous pouvez bien entendu partager cet article.
J'étais à la manifestation du 17 octobre, voici ce que j'ai vu.
Introduction
Je pose ça là. (C’est un peu long) Tous d’abord je suis bien évidemment contre toute la violence qui a eu lieu à Paris et ailleurs le 17 octobre. Je ne la comprends pas forcément. En revanche, je comprends la détresse dans lequel est plongé une grande partie du pays.
À 51 ans, je suis allé pour la première fois de ma vie en manifestation. C’était pour accompagner mon aîné et aussi pour un ras-le-bol des politiques menées depuis de nombreuses années qui nous-mêmes dans un mur.
Vers la manifestation
Nous devrions retrouver un de mes neveux. Nous avons pris le métro 9 de pont de Sèvres jusqu’à Strasbourg Saint-Denis. Il nous a donné quelques conseils sur les manifs. Notamment un qui disait qu'il n'y aurait pas de lacrymo avant 17h. Lui était très zen. J’étais équipé d’un sac à dos avec du sérum phy, de l’eau, de quoi goûter, mon action Cam, des batteries mes lunettes de vue, une veste, un téléphone de rechange. J’avais oublié les masques à la maison. La ligne 9, je la pratique de temps en temps pour aller au boulot. Comme d’habitude jusqu’à la Muette, il n’y a pas trop de monde, mais là elle se remplit bien. Des stations étaient fermées (celles autour de Matignon, Champs-Élysées, bref autour des lieux de pouvoir à Paris).

Arrivé à destination à 14 h, beaucoup de monde. Nous sortons boulevard Saint-Denis, à 600m de la place de la République. Les trottoirs sont bondés de monde, on peut à peine avancer. Nous ne le savons pas, la place avait été interdite pour les nouveaux arrivants. Mon fils sûrement stressé a besoin d’aller aux toilettes. Nous voilà partis chercher de toilettes, le Mc Do (à 600 m de la place de la République) étant fermé sûrement par précaution. Les bars et restaurants lui refusant, l'utilisation de leurs toilettes nous finissons par trouver une Sanisette Boulevard de Sebastopol. Mon neveu nous attendait devant le café La Violette. Il appelait ses connaissances pour les retrouver. Pendant ce temps, il a récupéré un masque pour mon fils. En remontant de la Sanisette pour le retrouver nous voyons au loin des mouvements rapides (enfin ils courent) des FDO rue Saint-Martin. La rue est bloquée par des manifestant qui souhaitent aller à la place de la République, soit environ plus de 400m de rue. Il est 14 h 15. C'est l'heure du début des vrais problèmes place la république.
Un de mes autres neveux qui était descendu à Oberkampf, donc à l’opposé de nous nous dira qu’il n’avait pas compris pourquoi les force de l’ordre avait envoyé des lacrymogènes et des charges dès 14 h 15 alors que le cortège n’avait pas fini de quitter la place. Résultat plein de minis cortèges perdus vers Nation et ailleurs.
A la recherche des amis
Nous n’arriverons jamais à la place de la République. Les rues adjacentes sont bondées. C'est surement une chance.
Nous retrouvons notre neveu et essayons de retrouver ses amis. Nous tournons un peu dans les rues parisiennes ; nous nous retrouvons dans un cortège qui n’est pas du tout celui de la manifestation. Néanmoins nous finissons par retrouver une de ses amies, puis une autre (finalement nous les connaissons). Ensuite nous essayons de retrouver la sœur d’une des amies. Par chance, elle est dans le cortège principal. Cela nous prend un moment, mais nous y arrivons.
Pour retrouver la sœur de l’amie, nous passons un barrage de police. J’ai le temps de capter qu’ils disaient aux touristes qu’ils ne pouvaient pas sortir et qu’ils devaient trouver une autre sortie. Nous avons donc réussi à rejoindre le cortège principal. Mon fils a aussi capté que l’on ne pouvait plus sortir. Personnellement je n’étais pas inquiet. En même temps, mon fils n’arrêtait pas de me dire que je ressemble à un flic en civil (sûrement un policier de poche : D). En revanche mon fils à chaque barrage me disait on sort. Je lui ai dit on est venu pour manifester alors on fait un bout de parcours (sûrement en parlant fort et en étant énervé, car je ne comprends pas que l'on veuille faire quelque chose et vouloir abandonner au premier écueil). J’aurais bien aimé aller jusqu’au bout, mais je dois aussi respecter le désir de mon fil.
La manifestation du 17 octobre, ambiance du cortège officiel
l'ambiance
L’ambiance est bon enfant et bienveillante, tout l’opposé de ce que montre (ou ne montre pas) BFMTV au même moment (cf mon autre neveu). Certes, il y a des chants hostiles aux forces de l’ordre (j’entendais « à table » alors que c’était ACAB), des trucs sur le RN. Les gens marchent le plus souvent en groupe. Autour de moi beaucoup de pancartes avec toutes sortes de revendications, quelques drapeaux (CGT, français, palestinien, LGBT, l’immanquable breton…). Enfin ce n’est pas la marée des drapeaux, ils sont vraiment peu nombreux et éparpillés. Les gens ont beaucoup d’imagination pour leur pancarte. Une m’a fait sourire c’était « regarde ta Rolex, il est temps de la révolution » ou un truc dans le genre. Contrairement à ce qui est dit dans les médias, je ne vois pas de drapeaux LFI ou autre partis. On voit des drapeaux antifaf, mais vite fait, ils ont disparu. Les gens sont jeunes. Je dirais de 20 à 35 ans. Peu de personnes comme moi. Il n’y a pas de revendications politiques mises à part hostiles à Macron. Les jeunes ne semblent pas plus politisés que ça. Accuser LFI ou je ne sais qui me semble très théorique. Dans le cortège (enfin ma partie de cortège), il n’y a pas plus de casseurs que de force de l’ordre visible. Aucune vitrine ne sera attaquée où quoique ce soit. Par ailleurs, certaines sont fermées ou barricadées. Depuis les hauteurs des immeubles, il y a des spectateurs pas franchement hostiles. Je ne ressens aucune hostilité. J’ai plus l’impression de faire un pèlerinage (je n’ai jamais fait de pèlerinage) avec beaucoup de monde, les bâtons de marche en moins.
Le déroulement
Le cortège de la manifestation se déroule à merveille. J’avais dit à mon fils on sortira au niveau du Moulin Rouge. Finalement on sortira au niveau de la place Pigalle un peu plus tôt. On passera 2 barrages de FDO sans aucun problème. Juste un commandant de gendarmerie mobile regardera ma caméra que je portais avec la sangle ventrale. En descendant pour aller vers la gare Saint-Lazare, on verra des gens enlever les barrières qui barrent les rues. Je pense que c’est complètement idiot, car un peu plus haut, ils vont se retrouver bloquer par un véhicule des FDO. On verra aussi un container à verre renversé, un habitant le repoussant en dehors de la voie publique. Voilà pour les exactions dans cette partie de Paris à 15 h 30. Je dois aussi préciser qu’autour de la place de République on a vu des empilements de 5-6 vélos en libre-service au milieu de la rue, que certains enlevaient. Il n’y avait aucun feu à ce moment-là. Un peu plus bas devant l’Eglise Sainte Trinité, on verra un rassemble de jeunes tout habillés de noir et quelques-uns cagoulés. Arrivée à St Lazare, l’ambiance est normale comme si rien ne se passait. Nous courrons (sport type des grandes villes) pour avoir un train et éviter d’attendre 15 minutes dans la gare. On entre à la sonnerie de fermeture des portes. Fin de manifestation.
En regardant les infos dans le train, je vois que la tête de cortège était arrivée à 16 h 15. Nous ne devions pas être trop loin de cette dernière.

Mon ressenti
Avec cette expérience et ce que j’ai vu. On ne m’enlèvera pas de la tête que les FDO sont intervenues trop tôt pour libérer la place de la République (J'en veux surtout à ceux qui ont donné les ordres, les directives). On ne peut pas enlever 110 000 personnes en 15 minutes, surtout lorsque beaucoup essayaient de rallier la place pour prendre la suite du cortège. Résultat, plein de petits cortèges qui sont partis un peu partout, des gens isolés. J'ai trouvé les gendarmes mobiles plus mesurés que les policiers (mais ça c'est personnel, j'aurais bien une anecdote de quand j'étais à mon service militaire à ce sujet :D).
On doit aussi remercier les forces de l'ordre qui ont protégé les manifestants pacifiques pour que le trajet se déroule sans encombre.
La suite des évènements, je les ai vu sur des LIVE tiktok, des post sur X (nous n’avons pas de TV). Un peu avant 19h, les pompiers étaient officiellement débordés en région parisienne. Cela a valu une alerte pour les secouristes bénévoles du 92 (probablement pour renforcer le réseau de secours).
Mon espoir, mes craintes
J’espère que malgré les évènements le message a été entendu. On en a assez de la mauvaise gestion de notre belle France. L’intérêt général doit passer avant toutes considérations autres.
Je suis contre la division (on a le droit de ne pas être d'accord tout de même). Ce qu'a fait, à mon sens le Premier ministre du moment, en disant qu'il fallait choisir son camp et un tentative de division. Presque un appel à la guerre civile. Le mien de camp est contre la violence insidieuse que l'on subit depuis 10 ans, distillé par des politiques d'un autre age et qui désert l'intérêt général (oui je suis surement un peu idéaliste). Évidemment, contre la violence urbaine comme l'on a vu en soirée du 17 octobre, cela va de soit.
Pas sur que je fasse de nouvelle manifestation, sauf pour faire du nombre.


















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